La période d’essai Syntec peut sembler une formalité administrative… jusqu’au jour où vous réalisez que votre rupture n’a pas respecté les délais réglementaires. Entre le Code du travail et la convention collective des bureaux d’études techniques, les règles ne sont pas toujours alignées. Pour un dirigeant de TPE/PME, ces subtilités peuvent rapidement devenir un casse-tête juridique et financier.

Comment fonctionne le renouvellement ? Quels délais de prévenance respecter ? Cet article décrypte point par point les règles de la période d’essai Syntec pour vous permettre de recruter en toute sécurité.

Principe : si le salarié était en CDD auparavant sur le même poste, s’il était en prestations de service sur les mêmes missions, s’il était en stage, la durée de ces contrats viennent en déduction de la durée de la période d’essai, voire il ne peut  y avoir de période d’essai si la durée était équivalente ou supérieure à la période d’essai initiale.

1. Durée de la période d’essai Syntec : ce que dit vraiment la convention collective

La période d’essai Syntec ne s’applique pas uniformément à tous vos salariés. Sa durée dépend directement de la classification professionnelle et du coefficient hiérarchique du collaborateur.

Pour les ETAM (Employés, Techniciens et Agents de Maîtrise)

La convention distingue deux sous-catégories :

Employés et ouvriers (coefficients 240 à 250) :

  • Période initiale : 2 mois maximum
  • Renouvellement possible : 2 mois supplémentaires
  • Durée totale maximale : 4 mois

Techniciens et agents de maîtrise (coefficients 275 à 500) :

  • Période initiale : 3 mois maximum
  • Renouvellement possible : 3 mois supplémentaires
  • Durée totale maximale : 6 mois

Pour les cadres (Ingénieurs et Cadres)

  • Période initiale : 4 mois maximum
  • Renouvellement possible : 4 mois supplémentaires
  • Durée totale maximale : 8 mois

2. Renouvellement de la période d’essai Syntec : les conditions à respecter absolument

Le renouvellement de la période d’essai Syntec n’est pas automatique. Il obéit à trois conditions cumulatives strictes.

Condition n°1 : Le renouvellement doit être justifié

L’article 7 de la convention collective Syntec prévoit effectivement la possibilité de renouvellement, mais ce dernier doit être exceptionnel. Ce n’est donc pas une option par défaut.

Condition n°2 : La mention dans le contrat de travail initial

La possibilité du renouvellement doit être prévu dès la signature du contrat de travail ou de la lettre d’engagement. Impossible d’improviser en cours de route : si votre contrat ne mentionne pas cette possibilité, vous ne pourrez pas renouveler la période d’essai Syntec.

Condition n°3 : L’accord écrit et explicite du salarié

Le salarié doit donner son accord par écrit au renouvellement. Pas de « présomption d’acceptation » : son silence ne vaut pas consentement. L’employeur doit pouvoir prouver cet accord en cas de litige.

Conseil pratique : Formalisez systématiquement l’accord du salarié par un avenant signé avant la fin de la période initiale. Sans cette signature, toute prolongation serait considérée comme une embauche définitive. Ne prévenez pas votre salarié au dernier moment, le renouvellement pourrait être considéré comme abusif. Enfin, vous devez motiver le renouvellement de la période d’essai.

Ce que le renouvellement ne peut PAS faire

Attention : le renouvellement ne permet jamais de dépasser les durées maximales fixées par la loi ou la convention collective. Vous ne pouvez pas « additionner » indéfiniment les périodes.

3. Rupture de la période d’essai Syntec : les délais de prévenance qui changent tout

C’est souvent là que les employeurs commettent des erreurs coûteuses. Les délais de prévenance de la période d’essai Syntec sont particulièrement longs par rapport à d’autres conventions collectives.

Quand l’employeur met fin à la période d’essai

Les délais varient selon l’ancienneté du salarié dans l’entreprise :

Ancienneté

Délai de prévenance

Moins de 8 jours

24 heures

Entre 8 jours et 1 mois

48 heures

1 mois de présence

2 semaines

3 mois de présence

1 mois

Au-delà de 3 mois

6 semaines maximum

Point critique : ces délais doivent impérativement s’achever AVANT la fin de la période d’essai Syntec (renouvellement inclus). Si vous notifiez la rupture trop tard, vous ne pourrez pas respecter le délai de prévenance sans dépasser la période d’essai. Dans ce cas, vous devrez verser une indemnité compensatrice au salarié pour la durée du délai non respecté.

Exemple concret d’erreur fréquente

Vous avez embauché un cadre le 1er janvier avec une période d’essai de 4 mois (jusqu’au 30 avril). Le 15 avril, vous décidez de rompre la période d’essai. Avec 3 mois d’ancienneté, vous devez respecter un délai de 1 mois. Or, 1 mois à partir du 15 avril = 15 mai, soit APRÈS la fin de la période d’essai. Vous devrez donc verser une indemnité compensatrice couvrant la période du 1er au 15 mai.

Pendant ce délai, le salarié est autorisé à s’absenter 2 heures par jour ouvré pour rechercher un emploi. Ces absences sont rémunérées.

4. Quand le salarié démissionne pendant la période d’essai

Même si le Code du travail ne l’impose pas formellement, il est vivement recommandé de notifier la rupture de la période d’essai Syntec par écrit (lettre recommandée avec AR ou remise en main propre contre décharge). Cette preuve écrite sera essentielle en cas de litige sur la date de notification et donc sur le respect des délais.

Les situations particulières qui modifient le calcul de la période d’essai Syntec

Les absences pendant la période d’essai

La période d’essai Syntec se calcule en jours calendaires, pas en jours travaillés. Cependant, certaines absences peuvent la prolonger :

  • Arrêt maladie : la période d’essai est prolongée d’autant
  • Congés payés : attention, les CP ne sont normalement pas pris pendant la période d’essai, mais s’ils le sont (par accord), ils prolongent la période
  • RTT imposés : ne prolongent PAS la période d’essai
  • Jours fériés : comptent dans le calcul normal

Conseil : prévoyez une clause dans votre contrat précisant que toute absence de plus de X jours entraîne un report équivalent de la fin de période d’essai. Cela évitera les contestations.

Passage d’un CDD à un CDI

Si vous embauchez un salarié en CDI après un CDD dans votre entreprise, vous pouvez prévoir une période d’essai Syntec, mais elle sera réduite de la durée du CDD effectué sur le même poste (dans la limite de la durée de la période d’essai prévue).

En résumé, les 5 erreurs à ne jamais commettre avec la période d’essai Syntec

Erreur n°1 : Ne pas mentionner la période d’essai dans le contrat

Erreur n°2 : Renouveler sans accord écrit préalable

Erreur n°3 : Notifier la rupture trop tardivement

Erreur n°4 : Confondre délai de prévenance et prolongation de période d’essai

Erreur n°5 : Appliquer les mauvaises durées selon la classification

Checklist pour sécuriser votre gestion de la période d’essai Syntec

Avant l’embauche :

☐ Vérifiez que votre entreprise relève bien de la convention collective Syntec (IDCC 1486)

☐ Identifiez la classification exacte du poste (ETAM ou IC, coefficient) – Souvent source d’erreur

☐ Déterminez la durée de période d’essai applicable

☐ Mentionnez explicitement la période d’essai dans le contrat

☐ Prévoyez la clause de renouvellement si souhaité

☐ Ajoutez une clause sur les prolongations en cas d’absence

Pendant la période d’essai :

☐ Suivez les compétences et l’adaptation du salarié dès le premier jour

☐ Si besoin de renouvellement, obtenez l’accord écrit AVANT la fin de la période initiale

☐ Documentez les éléments justifiant une éventuelle rupture

En cas de rupture :

☐ Calculez précisément la fin de la période d’essai Syntec

☐ Identifiez le délai de prévenance applicable selon l’ancienneté

☐ Vérifiez que la rupture + délai de prévenance se termine avant la fin de période d’essai

☐ Notifiez la décision par écrit (LRAR ou remise en main propre)

☐ Conservez tous les justificatifs (contrat signé, avenant de renouvellement, notification)

Conclusion anticipez pour sécuriser vos recrutements

La période d’essai Syntec comporte de nombreuses subtilités qui peuvent coûter cher en cas d’erreur. Entre les durées différenciées selon les catégories, les conditions strictes de renouvellement et les délais de prévenance inhabituellement longs, il est facile de commettre une erreur de bonne foi.

La clé réside dans l’anticipation : des contrats bien rédigés dès le départ, un suivi rigoureux des dates, et une documentation systématique de toutes les étapes. N’hésitez pas à vous faire accompagner par un expert en droit social pour les situations complexes ou à consulter régulièrement les ressources officielles de la Fédération Syntec.

En maîtrisant ces règles, vous transformez la période d’essai Syntec en un véritable outil de sécurisation de vos recrutements, plutôt qu’en source de risque juridique.

Vous souhaitez sécuriser vos pratiques RH, parlons-en.